D’abord changer de crèmerie (façon de parler puisque y avait point de crème au petit dej) après une nuit passée à brailler « Senor, silencio por favor ! »,  pour un autre petit hôtel à bien meilleur aspect, Cruz de las Andes, à 50m dans la même rue Illampu. Fait.

 

Puis, comme finalement nous ne passons que 24h à La Paz, autant essayer de la découvrir au max. Donc, à partir de notre quartier Rosario, nous descendons un côté de l’entonnoir jusqu'à l'église San Francisco : petites rues bordées de vendeur.se.s (écriture inclusive…) de potions magiques et concotions diverses à base de végétaux et de…fœtus de llamas (!) supposées guérir toutes les maladies et infirmités de la terre, diseurs de bonne aventure (travaillant au bout de plomb chauffé plongé dans l’eau froide…), et autres agences de voyage et de circuits à vélo (dont la Death Route !), le tout au milieu d’une circulation insensée et d’embouteillage quasi permanent… Là, nous avons bien vu le vieux La Paz, aux belles maisons coloniales décaties et envahies de mille et un petits commerces. Et bien vu aussi le style syncrétique de l'église San Francisco (il y aurait même un mâcheur de coca en ronde-bosse sur la façade…).

 

Mais nous continuons quand même en remontant l’autre côté de l’entonnoir, pour trouver un quartier plus administratif et ordonné, avec en particulier la rue Jaen restaurée style colonial, et surtout, surtout, le Museo Nacional Etnografico y del Folklore (Musef) qui rend un formidable hommage aux arts et coutumes pré-colombiens (textiles, masques, poteries, art plumaire,…) ; nous y voyons aussi une reproduction d’embarcation en roseaux et joncs torsadés qui nous rappelle la théorie de Thor Eyerdahl, mise en pratique dans son expédition du Kon-Tiki, selon laquelle les indigènes seraient en fait arrivés d'Indonésie par l'Océan Pacifique, et non à pied par le détroit de Behring…

 

Après un très bon repas au café du Musée – 4€ à nous deux, il fallait bien fêter le milieu pile des 100 jours de voyage ! – nous marchons presque à niveau jusqu'au cœur du La Paz ‘moralésien’ : la place Murillo, envahie de monde et de pigeons (où je me fais cirer les pompes une 3ème fois) et qui symbolise bien l’esprit d'indépendance et de retour aux sources de Evo Moralès, premier Président indigène, élu et réélu depuis 2005, qui a (1) rouvert l’accès de la place aux autochtones interdits par les Espagnols, et (2) fait installer sur le fronton du Parlement une horloge qui… tourne à l’envers (voir photo) pour montrer aux occidentaux et en particulier aux USA que la Bolivie pouvait faire les choses différemment... «  Il est parfait, Moralès, » nous dit le chauffeur de taxi qui nous amène à la Plaza Espana, « mais il y a beaucoup de corruption et d’indiscipline autour de lui : nous sommes encore ‘un pais bruto’… »

 

A la Plaza Espana nous grimpons dans une des 5 lignes de téléférique qui sillonnent le ciel de La Paz : 50 centimes d’euro pour monter jusqu’au mirador (4100m) d'où l’on peut contempler tout le demi-entonnoir géant de 3 M d’habitants, ses quartiers traditionnels tout de briques roses et accrochés aux parois de l’entonnoir, et ses quartiers plus modernes aux grands immeubles et au terrain presque plat.

 

Revenus en taxi jusqu'à chez nous, nous méditons sur l'originalité de La Paz, mais, plus largement, du pays entier. Il semble encore plus authentique que les trois autres pays andins que nous avons traversés. Et c’est le bon vieux Routard qui nous donne une clé : fin 19ème, à la suite d’une guerre avec le Chili, alors aidé par… l’Angleterre, la Bolivie s’est vue dépossédée de tout son littoral (la région d’Arica), ce qui a considérablement freiné voire stoppé l’immigration européenne… Et aujourd’hui, grande comme 2 fois la France, avec ses 11 millions d'habitants, son 111ème rang à l’IDH, et son Président iconoclaste et communautariste, la Bolivie apparaît bien comme un pays ‘brut’ au devenir incertain.