Pour sortir de La Paz une seule solution : le haut de l’entonnoir, car la sortie basse est tellement chaotique qu’elle n’existe pas. Nous voici donc repartis par notre route d'arrivée, grignotant les mètres jusqu'à El Alto d'où, normalement, une 4-voies nous conduira sud-sud-ouest jusqu'à Oruro.

 

En quittant notre hôtel en taxi ce matin (2€ la course), extraordinaire marché aux textiles, tenu par des dizaines de dames chapeautées, occupant en rangs serrés la totalité des deux trottoirs de la rue Illampu. Ces vendeuses, comme beaucoup de travailleurs de la ville, habitent les hauts de l'entonnoir, des quartiers escarpés sans vraies rues mais souvent équipés d’escaliers… Nous qui sommes à bout de souffle au terme de 2 étages d'hôtel, ça nous laisse pantois. Heureusement ‘el tio Evo’ a développé les lignes de téléférique, qui, loin de constituer des excursions pour gens aisés, sont en fait des outils de désenclavement des quartiers périphériques.

 

Petit arrêt tout en haut d’El Alto, histoire de charger quelques passagers supplémentaires mais aussi quelques cartons, pièces de tissu, poutrelles métalliques,… ainsi que, l’espace d’un instant, les inévitables vendeurs itinérants (fruits, biscuits, journaux,…) et mendiants naufragés de la vie, avec ou sans musique.

 

Ca y est, nous sommes ‘lancés’ vers Oruro… C’est qu’il ne faut pas trop perdre de temps car nous prenons là-bas le 14h30 pour Uyuni, une relique de train qui roule à 35 à l’heure - comme un Solex ‘gonflé’, quoi - avec une arrivée prévue à 21h20...

 

Nous avons soigneusement choisi deux des quatre sièges de tout devant pour bien voir le paysage… Pas une très bonne pioche puisque (a) roulant vers le sud-ouest, le soleil de l’est voyage avec nous, et à 4000m ça cogne, et (b) il n’y a rien à voir : l’autoroute, une vraie, en bon état, qui se déroule sur l’altiplano, brulé, quasi-désert, avec au loin des séries d'élévations arrondies et brulées tout pareil. De temps en temps un hameau, un village, maisons en torchis, tôles ondulées, quelques ânes (où sont les llamas ??),… on se croirait vraiment dans le sud marocain, altitude mise à part, et température aussi : malgré le soleil et le grand ciel bleu, il ne fait que 19 degrés !

 

A Oruri, petite ville minière, nous effectuons à pied le trajet du Terminal Terrestre (quel nom !) à la Estacion de los Ferrocarriles. El tren, quoi ! Peu de gens connaissent (il n’y a que 3 ou 4 trains par semaine) mais nous finissons par y arriver, et nous installer dans ce superbe train… sans locomotive ! Ben oui, même avec des locaux motivés, il manque la locomotive… On en envoie chercher une, et hop, en moins de 2h elle était là.

 

Et nous voilà partis ! Même genre d’altiplano, mais en bien plus sec : en fait, c’est déjà un ’salar’. Le train longe les montagnes, pelées, brunes, belles dans la lumière de fin d'aprèm, laissant à sa droite, à l’ouest, l'immensité de la plaine salee, à perte de vue, d'où émergent ça et là quelques touffes ‘herbe jaune et drue n forme de flamme et aussi quelques élévations, mystérieuses iles-montagnes (‘inselbergs’) auxquelles le soleil couchant donne une teinte gris-bleu. Et soudain, à l’est, au pied des montagnes, un grand lac couvert de flamands roses…

 

Il est très bien ce train : wagons relativement récents, propres, confortables (sièges inclinables, prises électriques), personnel attentif et courtois, compagnons de voyage plutôt bien éduqués, rien à dire. Non, le problème de ce train, ce sont les rails ! Posés il y a plusieurs décennies, ballast jamais entretenu ou peu s’en faut, les rails causent donc un tangage régulier assez marqué, mais avec des pointes démentielles, et si vous êtes en train (ben oui) de vous déplacer à ce moment-là, gare (de chemin de fer bien sur) ! Ainsi quand nous avons voulu aller jusqu’au ‘comidor’, à seulement deux voitures de la nôtre, quelle aventure ! Cela dit, chapeau au personnel du comidor pour les prouesses de cuisine et de service ! Dernier point : c’est bien sur l'état des rails qui est la cause de la lenteur de notre Expresso del Sur.

 

Vers 21h30, l’heure prévue pour l'arrivée si la loco avait été là, Sue me fait remarquer le sol tout blanc pat la fenêtre : bon sang mais c’est bien sur, c’est de la neige ! Et pas qu’une petite couche ! Il a neigé sur les salars de Bolivie… J'espère que la loco est équipée ?

 

A propos de blanc, cela me fait penser que, Sue allant de mieux en mieux, nous déroulons là notre Plan A et que nous n’allons donc pas passer par la capitale historique du pays : nous sucrons Sucre..

 

 

 

 

Oublié :

  • Ilimani
  • On a donc dû, comme prévu, sucrer Sucre…