Après une bonne nuit dans le giron quasi maternel d’un inattendu hôtel Ibis, et un médiocre petit dej dont la chaîne est coutumière, nous sommes prêts pour de nouvelles aventures !

 

D’abord soigner la blessure à mon pied qui ne cicatrise pas complètement, ensuite retirer des sous chiliens, enfin acheter une carte SIM chilienne. Les deux premiers objectifs sont atteints rapidement dans le supermarché (Jumbo) voisin de l'hôtel, mais le dernier nous prendra une bonne heure d'allées et venues dans l’énorme ‘mol’ (Falabella) où il nous faudra, sans exagération, passer par 7 interlocuteurs/trices et autant de lieux et d’escalators avant de tomber sur la gentille dame qui règlera le problème en 5 minutes… Bravo Entel, quand on pense que dans les pays andins on pouvait acheter ‘un chip con prepagado’ à n’importe quelle dame assise sur le trottoir… M’enfin, ça a l’air de fonctionner.

 

Ensuite, vite à l'aéroport où une voiture Europcar nous attend. Calama est une grande ville de 700 000 habitants, riche et prospère du fait des mines de cuivre qui l'entourent : le Chili est en effet 1er producteur de cuivre au monde (30% des reserves connues et 40% de ses recettes d’exportation) et Calama, en plein désert d’Atacama, en est la capitale. Et ça se voit, ça se sent.

 

Nous voilà donc partis pour environ 1000 km de désert, sur les 1500 qui nous séparent de Santiago, le tout à faire en 7 jours. Ce n’est pas la mer à boire, mais ce délai comprend aussi la visite de Valparaiso, alors…

 

Eh bien ce premier jour de voiture, en fait le 2ème jour de désert d’Atacama, est une nouvelle promenade extraordinaire à travers…la lune, mais sous un grand ciel bleu, bien sur. L’Atacama est sans doute le désert le plus aride du monde puisqu’il n’y a pas plu du tout depuis 80 ans (dixit LR)… Du coup son air sec et l’absence de pollution lumineuse ont justifié l’installation d’un des plus grands observatoires du monde au sud d’Antofagasta, et ont aussi favorisé les expériences de ‘capture de brumes marines’ du Pacifique à l’aide de filets (!) pour produire de l’eau.

 

Mais ce qui nous a aussi beaucoup frappés, outre les paysages infinis et infiniment arides aux couleurs et aux formes incroyablement variées et aux perspectives gigantesques, ce sont surtout les mines, leur nombre, leur taille, leur importance sur l'économie de la region et du pays tout entier, et bien sur leur impact sur l’environnement : entre Calama et Taltal, notre étape du soir, sur 450 km, les mines sont extrêmement présentes, leurs grandes pyramides de remblais à degrés, leurs engins (Ah, le cimetière d'engins de La Negra !), leurs pistes et routes, au point que parfois on se demande si on peut vraiment parler de désert… Cuivre, lithium, molybdène,… l'économie du Chili repose vraiment sur les richesses de son sous-sol, surtout que Allende a beaucoup fait pour qu'elles restent chiliennes, au moins pour la plupart…

 

Et puis, lorsque la route – quel magnifique réseau ! – se rapproche de la côte, elle plonge sur près de 20 km dans des décors incroyables, pour finalement déboucher sur le littoral et, pendant les 60 km qui séparent Paposo, tout petit village de pêcheurs sans le moindre ‘étage’, de Taltal, où nous allons dormir, longer la côte rocheuse, plate, sauvage et incroyablement ‘vierge’ du Pacifique, où la Cordillère semble littéralement se jeter...

 

Nous arrivons à Taltal vers 19h, mais comme les Chiliens ont opté pour le fuseau horaire de Buenos Aires, il ne fait vraiment nuit que vers 21h ! Petite ville côtière, avec beaucoup de petites maisons, de ‘cabanons’, de couleurs vives, mais aussi quelques édifices visiblement plus nobles et une Plaza centrale dénotant un passé prestigieux… Pourquoi ce contraste? La réponse tient en un mot : salpêtre. Au zénith de l’épopée du 'salitre del Ataacama’, fin 19 – debut 20, quand l’Europe, dont surtout la France, recherchait les vertus fertiligenes, Taltal en fut une capitale : baie profonde, port mineralier, gisement à fleur de sol, tout la désignait. Aujourd’hui, bien sur, depuis que, devant les difficultés d’approvisionnement et la demande mondiale croissantes, l’industrie chimique allemande a développé l’ammoniaque de synthèse et les engrais chimiques, Taltal somnole entre deux étés…

 

Un qui somnolait pas mal non plus était le patron de l’Hotel Plaza, autre vestige d’un passé florissant, lorsque nous avons essayé de lui faire comprendre – peine perdue - que, au Chili, les non résidents sont exemptés de l’IVA (TVA) de 19%...

 

M’enfin, nous avons quand même passé une bonne nuit à Taltal, bercés par le bruit intermittent des rouleaux du Pacifique, à deux pas d’un panneau indiquant la conduite à tenir en cas de… tsunami !