Au réveil, Sue se sent un peu mieux, mais elle va en fait somnoler et/ou carrément dormir tout le trajet en voiture… sauf à un moment pour m’aider à changer un pneu !

 

Anéfé, voulant rebrancher le téléphone à l’allume-cigares, j’ai fait un écart, la voiture a mordu sur le bas côté, et, en remontant sur la chaussée, le pneu arrière droit a ‘morflé’… Mais sérieusement, au point de se déchirer sur 20cm… Irrécupérable. Changement de pneu, roue de secours neuve mais avertissement en grosses lettres rouges qu’elle n’est faite que pour rouler 50km max et à 80 km/h SVP… Nous décidons donc de tenter d’acheter un pneu dans la petite ville voisine de La Ligua. Tu parles : ils n’ont bien sur pas la même marque (Pirelli)… En désespoir de cause, j’opte pour la marque la moins chère (50€ quand même…) et tout est en place à 13h25, soit 5’ avant que la vie ne s'arrête pour 4 longues heures… Nous verrons bien ce que dira le loueur Europcar après demain, vendredi 8, lorsque nous rendrons la voiture à l'aéroport de Santiago…

 

En attendant, nous avalons – très précautionneusement - les 150 derniers kms de l'étape. Après le sahel hier, c’est, sous un ciel obstinément obscurci par la brume du Pacifique, plutôt marocain ou californien aujourd’hui. Et lorsque nous parvenons dans la zone centrale chilienne entre Valparaiso et Santiago, le soleil achève de griller la brume, et l’Aconcagua, pourtant situé en Argentine, dresse sa lointaine silhouette pointue de 7000m de hauteur.

 

Ragaillardi(s) par cette vision assez extraordinaire, nous arrivons à Vina del Mar, grosse station balnéaire aux allures cossues, puis finalement à Valparaiso, sa voisine moins bien lotie par les années et que le Routard n'hésite pas à traiter de ‘ville fantôme’... Entre deux sommes, Sue parvient à nous guider jusqu'à un ‘hostal’ (mmoui…) sur les hauteurs : La Maison de la Mer, ancien foyer de marins (Stella Maris) fondé il y a 10-15 ans par un prêtre ouvrier français (!), et vendu il y a 3 ans à une jeune famille de clients français (aussi) qui en ont fait leur vie… Pas belle cette histoire ? Avec son épilogue, elle l’est peut-être encore davantage : le prêtre est aujourd’hui marié avec 2 enfants.

 

Par la grande fenêtre de notre grande chambre, je crois apercevoir ce soir la maison de Pablo Neruda, et comment ne pas fredonner dans ma tête le refrain de la chanson de Jean Ferrat (si joliment reprise par la chorale de JFR, l’Edelweiss) :

 

Comment croire comment croire

au pas pesant des soldats

quand j'entends la chanson noire

de Don Pablo Neruda