T’as vu Montevideo ? Non j’ai vu monter personne… et meme pas Vidéo ! Voilà, nous avons décidé hier que faire 3h de ferry à travers le Rio de la Plata + 2h de bus jusqu'à la capitale de l’Uruguay dont tout le monde dit qu’elle est assez quelconque et Nico et Céline en particulier, plus autant pour le retour, et le tout pour beaucoup de sous, ce n'était vraiment pas pour nous, surtout à ce stade du voyage. Donc, Montevideo…ciao !

 

Mais à la place, nous avons fait… du vélo ! Au moins 20 km, en parcours urbain ou péri-urbain, et par 30 degrés (seulement…). En fait, partis du centre commercial BA Design - curieusement accolé au cimetière Recoleta visité hier – vers le nord-ouest, nous avons traversé…tout le Bois de Boulogne de BA : une longue ‘ceinture verte’ de parcs et jardins qui sépare la ville du rio de la Plata, sur 10 km de long et 2 à 3 km de large, traversée de bout en bout par une ‘8 voies’ (La Costanera), une ligne de chemin de fer (celle qui nous a conduits à Tigre l’autre jour) et l'aéroport intérieur (Jorge Newberry). Mais les arbres et grands espaces sont nombreux et magnifiques, avec même deux lacs,  et l’impression dominante est bien celle du Bois de Boulogne, dont s'est inspiré le concepteur français du 19ème.

 

Nous étions pratiquement seuls en ce mercredi milieu de journée à sillonner le secteur, hormis les quelques ‘promeneurs de chiens’ : ces professionnels (par groupe de 8 à 14 chiens !) gagnent 50 à 80 pesos (2,5 à 4€) par chien pour une promenade quotidienne de 3-4 heures. C’est vraiment un trait caractéristique de Buenos Aires, et qui fait aussi que la ville ne connaît aucun chien errant, contrairement à tout le continent et spécifiquement le voisin chilien.

 

Un moment privilégié dans cette longue promenade : le Parque de la Memoria, tout au bout de la ceinture verte, qui descend en pente douce et ondulante jusqu'à l'immensité du Rio de la Plata, aux eaux café-au-lait batillant à la brise du large. Cet espace, silencieux et désert – nous sommes 3 ou 4 visiteurs seulement – est entièrement dédié aux Desaparecidos, aux 30 000 dont les noms couvrent un très long mur en marbre gris foncé, qui zèbre tragiquement le beau ciel ensoleillé de la vie qui continue. Un peu plus loin, une salle vitrée expose les noms et adresses des ‘genocidas’ encore impunis que l’on peut croiser dans les rues de la capitale…

 

Rentrés un peu ‘cassés’, nous avons quand même eu 2 bonnes heures pour nous doucher, nous reposer et nous changer, car ce soir nous sommes de sortie !

 

Anéfé, nous étions invités chez une (autre !) cousine d’Isa Roze, une certaine Maria Martha Bernard (comme Isa) Alvarado. L’adresse est en plein cœur du Palermo chic (Jardin Botanico, Eco-Parque), entre chez nous (quartier Recoleta) et la ceinture verte décrire plus haut. Nous y voilà. Splendide immeuble, type Avenue Mozart, mais 1927. Concierge, petites cours fleuries, ascenseur (1927…), 6ème étage, appartement D131, et la voici, accompagnée de Sergio, son époux, tout sourires : « Entrez, entrez ! » - « Il comprend un peu, mais ne parle pas » - « Moi ? Oh je suis argentine mais prof de français ! ». Et, assis dans de confortables canapés, sous les diodes clignotantes du sapin de Noël, et de la crèche, rafraichis par l’air conditionné centralisé, nous faisons connaissance.

 

Maria, 58 ans dans qqs jours, est une Bernard, certes, mais assez lointaine cousine d’Isa. Elles ne se connaissent que depuis une dizaine d'années. C’est le père de son grand-père, donc début 20ème, qui a émigré en Argentine. « Mais j’ai toujours aimé la France et le français ». Sergio, lui, 60 ans, est de… Jujuy !!! Il voulait être « aviateur naval », mais s’est montré beaucoup trop indiscipliné, donc viré au bout de 2 ans, repartant de zéro, trouve un petit boulot, rencontre Maria qui y était secrétaire, finit par démarrer une petite boîte de constructions métalliques dans la banlieue nord de BA, qui tourne toujours aujourd’hui mais dont il « ajuste la taille sur la santé de l'économie argentine », donc en ce moment il n’a que 4 employés mais « ça remonte avec Macri ». Ils ont trois enfants, adultes : deux fils, tous deux chirurgiens ( !), Facundo (31 ans, marié le 4 novembre dernier) et Rodrigo (28 ans, qui va se marier en avril prochain, et qui fait une apparition de 5’ avec sa blonde fiancée, Maria), et une fille de 25 ans, Constanza dite Connie, qui travaille dans la pub sur Internet, n’a pas de petit ami déclaré mais une activité intense sur ‘les réseaux sociaux’, ne parle que très peu français mais « adore l’anglais ! ». Conversation(s) animée(s) en trois langues simultanées, facilitées par le bon Malbec de Mendoza que nous sert Sergio, mais interrompues de temps à autre par les empanadas toutes chaudes et la glace toute froide que nous sert Maria.

 

Et puis nous terminons la soirée par quelques chansons, accompagnés à la guitare par Maria (et moi parfois) et par Sergio au bombo (tambour andin), d’abord de Jujuy bien sur (enfin les airs que j’aime !), et puis du répertoire français que pratique beaucoup Maria dans son enseignement du français ( !) : Le parapluie, Je te l’avais bien dit Lili, et, bien sur, Aux Champs Élysées !

 

Quand nous sortons, il fait encore 29, donc nous décidons de rentrer à pied (encore 2,3 km…). Une belle et bonne journée !