Avant de dire au revoir à Buenos Aires – nous partons demain et aujourd’hui est donc notre dernier jour – je dois rajouter trois éléments sur la journée d’hier :

 

  1. Parque de la Memoria : la mort et la vie. Une dizaine de sculptures, d’une grande force et d’un grand dépouillement parsèment le vaste espace, accentuant le caractère tragique des lieux ; les trois maisons l’une sur l’autre, évoquant les lieux ‘clandestins’ de détention ; la colossale masse d’arme médiévale, fichée en terre ; le portrait du père d’un disparu, composé de huit prismes plantés en terre… Et en face, juste de l’autre côté de l’avenue, un autre monument, bien vivant celui-là, à la gloire de l’Argentine éternelle, dévoreuse de viande, le resto Los Platitos, le type d’établissement où l’on a peur de déranger les habitués, et où nous nous restaurerons d’une empanada et d’une salade…

 

  1. Deux petites touches de plus au portrait de nos gentils hôtes d’hier soir. Tout d’abord ils s’appellent l’un l’autre, sans raison mais très affectueusement, ‘gordo’ et ‘gorda’, soit en bon français ‘le gros’ et ‘la grosse’ (!) : humour, complicité, mais aussi une certaine authenticité. Par ailleurs, dans un tout autre genre, Sergio m’a résumé la problématique économique argentine en deux chiffres : 40% de l’activité du pays est ‘informelle’ ou plus crument ‘au noir’, ce qui contribue à rendre impossible la survie du système de retraite par répartition avec 0,75 actif par retraité quand il en faudrait 3…

 

  1. Attention danger : pollution rurale en Agentine. Vu par hasard hier soir sur le JT de France 2 ce sujet sur la ‘pollution transgénique’ catastrophique constatée en Argentine : le pays est devenu le 3ème producteur mondial de soja transgénique, mais les malformations génétiques ont été, en quelques années, multipliées par 10 chez les animaux d'élevage et, plus inquiétant encore, par 4 chez l’homme…

 

 

Grasse matinée aujourd’hui, rangements, lavadero, blog, lecture, TV. Et puis, cet après-midi nous retournons sur la Plaza de Mayo pour un rendez-vous qui restera très haut placé dans nos souvenirs.

 

A 15h30 en effet, tous les jeudi sans exception, les ‘Madres de Mayo’, coiffées de langes de bébés en guise de fichus, viennent clamer leur peine éternelle et leur soif de justice en tournant autour du monument érigé juste en face de la Casa Rosada. Et aujourd’hui, avec quelques dizaines d’autres personnes, victimes, sympathisants ou simples curieux, nous allons tourner avec elle pendant quelques minutes, au rythme des slogans chantés à pleines poitrines et sous l'écrasante chaleur d’un impitoyable soleil.

 

Après ce moment d’une rare intensité, nous allons visiter le beau petit Museo Casa Rosada juste derrière le bâtiment en question, retraçant l’histoire des lieux et par conséquent du pays. Mais, bien sur, pas un mot sur le ‘terrorismo de estado’ dénoncé avec tant de force depuis 34 ans de l’autre côté…

 

Et puis nous poussons, toujours à pied et toujours par la même chaleur accablante (35 à l’ombre) jusqu'à l’ancien port, le Puerto Madero comme ils l’appellent en référence aux grumes exportées jadis, et qui est en pleine restructuration et transformation en un quartier de plaisance et d’affaires au bord des anciens bassins, traversés par une magnifique flèche de béton permettant aux piétons d’atteindre les gratte-ciel en bordure du Rio de la Plata.

 

Soirée Maigret (Gabin) sur TV5.