Bon, c’est vrai, j’ai beaucoup mitraillé hier (une centaine de photos !) et donc beaucoup expédié au blog (6 lots d’une dizaine chacun)… mais il faut dire que le sujet s’y prêtait particulièrement. Aujourd’hui, du côté brésilien, j’en prendrai moins, c’est sur.

 

Mais, en introduction, j’aimerai vous parler du mate (prononcé ‘maté’ ici, et ‘match’ au Brésil…). D’une façon générale, nous avons constaté avec plaisir, et une certaine jalousie, que les sud-américains ne fumaient presque pas, et en tout cas bien moins qu'en France (1 sur 10 peut-être, contre 1 sur 3 en France hélas…). En revanche, sans qu’il s’agisse chaque fois d’une vraie drogue, chaque pays a sa ‘manie’ : le Brésilien se shoote à l’açai (quand ce n’est pas au foot), le Péruvien et le Bolivien mâchent leurs feuilles de coca, l’Argentin, lui, se gave de maté. Et quand il le fait, c’est toujours entouré d’un certain cérémoniel, certes culturellement respectable mais légèrement agaçant…

 

Alors allons-y :

  • Le produit lui-même : des feuilles (yerba) en provenance initialement d‘arbustes ‘de la forêt’ mais de plus en plus de boisements cultivés, broyées comme des feuilles de thé, et souvent mélangées avec du sucre ou quelque épice.
  • Le matériel : au lieu de sachets, ou à la rigueur d’une cuiller à trous, l’infusion du maté se fait dans une petite boule en terre cuite, en porcelaine ou, dernier cri, en bois poli. On place le broyat sur un petit couvercle à trous, on verse de l’eau chaude par-dessus, et on aspire à travers avec une pipette en métal, sans doute en alu (?). Mais attention ! l’eau doit être très chaude, brulante ; il faut donc avoir à portée de main, soit une bouilloire électrique (le plus simple), soit une bouilloire classique sur feu de gaz ou plaque de chauffage (le plus compliqué), soit enfin un thermos, de forme et de taille variées, à l’autre main (le plus comique) ; on voit ainsi en pleine rue, mieux encore en pleine visite des chutes, des individus se ballader avec tout un attirail, voire pire s’il s'agit de la version glacée (le ‘terere’, en général accompagné d’un seau !).
  • Le cérémonial, enfin : c’est là que ça devient énervant. On ne pompe pas sur sa pipette comme on descend un Pepsi ; on prend un air inspiré, silencieux, limite grave, on tire une petite gorgée qu’on succule ; et puis, très important, on le passe au voisin, à la personne avec laquelle on est, avec qui on parle, en fait qui on veut, mais sans changer de pipette et surtout sans l’essuyer de sa propre salive ! Partager le maté s’apparente au sacré, on n’essuie pas les doigts qui vous donnent la communion, ou la main secourable qui vous sort d’un ravin…

 

Et pourquoi cette ‘matémania’ ? Ou encore, si l’on considère l'automatisme de sa consommation, pourquoi cette ‘maté-matique’ ? Le goût, fortement herbeux (gouté personnellement trois fois), ne peut pas être ce qui crée l’envie, puis l’habitude. Non, en fait il s’agit d’un puissant stimulant, physique et mental, scientifiquement établi, qui crée finalement l’addiction… Fin de l'épisode ‘maté’.

 

Nous partons donc ce matin pour le côté brésilien des chutes (Iguaçu). Bus à 8h30, frontière argentine, puis 1km plus loin frontière brésilienne, les deux sans aucun problème, arrivée au Parque Nacional do Iguaçu à 10h. Quoi 1h30 pour 10 km ? Mais non, bien sur, on est au Brésil qui est une heure en avance…

 

Queue pour acheter les billets d'entrée, queue pour monter dans des bus-navettes qui nous emmènent jusqu'au départ du sentier pédestre d’observation, queue pour suivre ledit sentier.

 

Mais le spectacle vaut bien toutes ces queues. Nous qui y allions un peu blasés, en roulant un peu les mécaniques, avec l’air suffisant, un rien amusé, de ceux qui ont déjà vu l’autre côté supposé bien supérieur, nous restons baba devant la nouvelle ‘féérie des eaux’ qui nous est proposée. En fait, on revoit pratiquement l’ensemble des chutes visitées hier, mais avec quelques autres en plus, et le spectacle est grandiose. Meme avec les inconvénients du tourisme de masse (la moitié du Brésil est là, c’est sur, à en juger par ‘les apocopes et les chuintements’), c’est magnifique, exceptionnel.

 

En repartant, un panneau d'info très bien fait nous explique qu’avant, au 20ème siècle sans doute, les eaux des chutes étaient claires, et que si nous les trouvons jaunâtres aujourd’hui c’est à cause des déforestations en amont.

 

Re-queue, re bus, re frontières, re Los Helechos, notre hotel-jardin à un prix imbattable (34€), à deux pas du terminal de bus et d’une panaderia-resto qui fait nos délices. Petit repos, puis bain en piscine, et puis il est déjà 7h, l’heure de commencer à penser au repas de réveillon. Finalement, nous le prendrons dans le jardin, devant notre chambre, entouré de plantes tropicales en pleine santé, et de voisins qui boivent…leur maté : lechon (cochon de lait roti) avec sa garniture, arrosé d’un vin blanc argentin glacé (il fait encore 30), et pour dessert, au lieu de la glace tant attendue par Sue-Sue (les deux glaciers fermaient à 19h), deux gâteries de la Panaderia.

 

Demain nous repartons 250 km vers le sud pour visiter les ‘missions’. Nous allons donc repartir sans rendre visite à un chef d’œuvre d'ingénierie hydraulique, le plus grand barrage du monde, Itaipu (‘Rocher qui chante’ en guarani), 12km plus loin sur le rio Parana, inauguré en 1982, entré en fonction en 2007, pour fournir 20% de son énergie au Brésil et 90% de celle du Paraguay, en turbinant jusqu'à 4 fois le débit des chutes d’Iguaçu !